Colas Foundation et Rêv’Elles : des rencontres inspirantes entre collaborateurs et jeunes femmes de milieux populaires
Interview croisée de la directrice de Rêv'Elles et d'une collaboratrice engagée
Dans le cadre de sa mission, Colas Foundation contribue à l’insertion sociale et professionnelle des jeunes. Elle soutient notamment l’association Rêv’Elles depuis plusieurs années, pour lui permettre de déployer son programme RVL Ton Potentiel à plus large échelle. Au-delà du soutien financier de Colas Foundation, les collaborateurs de Colas s’impliquent en participant au programme, qui fait la part belle aux rencontres avec des professionnels des entreprises partenaires de l’association.
Pour en parler, Athina Marmorat (à gauche), fondatrice et directrice générale de Rêv’Elles, et Muriel Voisin (à droite), directrice RSE de Colas, se sont prêtées au jeu de l’interview croisée.
En quoi consiste le programme “RVL Ton Potentiel” ?
Athina Marmora : RVL Ton Potentiel est notre programme phare. Il s’agit d’un parcours d’accompagnement d’adolescentes issues de milieux modestes, âgées de 14 à 20 ans, majoritairement scolarisées, souvent en pleine réflexion d’orientation et confrontées à divers freins. Le parcours est composé de 5 jours collectifs sur le temps des vacances scolaires, suivis de 5 mois d’accompagnement individuel. Notre objectif est triple : renforcer la confiance en soi, ouvrir le champ des possibles et développer le pouvoir d’agir.
Au cours des sessions de 5 jours, les premières journées sont consacrées à des ateliers collectifs d’introspection animés par des coachs formés à l’approche pédagogique Rêv’elles. Il s’agit d’identifier ses forces, ses motivations, ses valeurs, ses aspirations, puis de rencontrer une professionnelle, que l’on appelle “Rôle Modèle”, pour susciter l’inspiration et l’effet miroir. Ensuite, on clarifie les freins et on révèle ce qui a émergé individuellement. Le quatrième jour, « RVL-moi l’entreprise », se déroule chez des partenaires pour découvrir les codes professionnels, déconstruire les représentations, simuler des entretiens, rencontrer des femmes aux parcours variés… Nous avons d’ailleurs organisé une journée « RVL-moi Colas » en février 2024.
Enfin, le cinquième jour est un temps d’ancrage. Les jeunes filles suivent un atelier de pitch, assistent à nouveau à un témoignage inspirant d’une Rôle Modèle, puis présentent leur projet devant une soixantaine de Rôles Modèles issues des entreprises partenaires. La journée s’achève par une cérémonie de clôture.
Comment impliquez-vous concrètement les professionnels de vos entreprises partenaires dans le processus ?
Athina Marmora : Les Rôles Modèles sont accompagnées et briefées en amont et le jour J, notamment sur la façon de donner des feedbacks, de manière à la fois exigeante et bienveillante. Pour les séances de pitchs, nous constituons une vingtaine de trios de Rôles Modèles et chaque trio écoute six jeunes femmes au total. Ces pitchs sont très concrets, elles y dévoilent qui elles sont, ce qu’elles ont appris sur elles, l’environnement de travail auquel elles aspirent, leur idée de métier ou de projet et les ressources dont elles ont besoin pour avancer.
Les Rôles Modèles donnent ensuite des retours sur le fond et la forme, en appuyant ce qui est positif, et en proposant des recommandations concrètes. À l’issue des pitchs, un temps de networking permet enfin aux jeunes d’aller vers les Rôles Modèles, et inversement. À ce moment-là, l’énergie dans la salle est généralement très forte : une soixantaine de jeunes filles et autant de femmes qui se rencontrent, c’est puissant et transformateur, y compris pour les Rôles Modèles.
Muriel, comment avez-vous participé à ce programme et qu’est-ce qui vous a frappée ?
Muriel Voisin : J'ai participé à la journée « RVL-moi Colas » ainsi qu’à cette cinquième journée consacrée aux pitchs et aux rencontres. J’y ai fait la connaissance de jeunes filles qui ont besoin d’être soutenues et encouragées, mais j’ai aussi été frappée par leur maturité, leur intelligence et la richesse de nos échanges. J'ai été particulièrement impressionnée par leur capacité à synthétiser et à s'approprier des concepts complexes ou méconnus pour elles. Lors d'une rencontre, une jeune fille a par exemple réussi à cartographier mon métier de directrice RSE sous la forme d'un dessin d'une clarté incroyable. Je l’ai gardé et affiché à mon bureau !
Quel est l’impact de ces rencontres sur les jeunes filles, quels retours recueillez-vous ?
Athina Marmora : La gratitude revient très souvent : elles sont étonnées et touchées que tant de femmes consacrent un après-midi juste pour elles. Cela renforce l’estime d’elles-mêmes. Elles se disent : « si elles viennent pour moi, c’est que je compte ». L’exercice est stressant au départ, mais la bienveillance de l’environnement les apaise. Elles repartent avec davantage de confiance en elles, parce qu’elles relèvent un défi inédit et reçoivent des feedbacks positifs. Elles découvrent une diversité de parcours et de métiers et font des rencontres qui s’inscrivent parfois dans la durée.
Dans notre rapport d’impact, nous mesurons trois niveaux : le changement de regard sur soi ; la transformation dans la manière d’interagir avec les autres ; la capacité à se projeter dans l’avenir. En déconstruisant les croyances limitantes, on libère cette projection. Concrètement, après le parcours, entrer en contact avec des inconnus pour demander un stage, par exemple, n’est plus un obstacle.
Et puis il n’est pas rare que des Rôles Modèles gardent le contact, suivent les jeunes filles, organisent des mises en relation ou des stages. Une jeune qui a suivi le programme a par exemple pu faire un stage dans la diplomatie grâce à une Rôle Modèle qui l’a connectée à un ami diplomate, alors que c’est un secteur très difficilement accessible. Parfois, des Rôles Modèles endossent spontanément un rôle de marraine. Des années plus tard, certaines nous disent qu’une rencontre faite au cours du programme a changé leur trajectoire. J’ai par exemple en tête le témoignage d’une autre jeune fille à qui l’on avait dit que le métier de juriste n’était pas pour elle mais qui a pu réaliser son rêve, dans une grande entreprise, grâce aux encouragements d’une Rôle Modèle.
Muriel Voisin : L’un des points essentiels de nos échanges est de leur apporter un témoignage de notre expérience, de leur transmettre du vécu. Lorsque j’ai participé, j’ai le souvenir qu’elles nous ont beaucoup questionnées sur nos carrières et en particulier sur notre capacité à concilier travail et maternité. C'est une grande préoccupation pour elles. Nos parcours leur montrent que c'est possible.
Il y a des moments très poignants au cours de ces échanges. Je me souviens d'une jeune femme qui voulait devenir psychologue pour aider les personnes dont la sexualité n'est pas acceptée par leur entourage. En discutant avec elle, elle a fini par nous confier que ses propres parents ne soutenaient pas son projet. On sentait bien que tout cela avait un lien avec une histoire personnelle sensible. Dans ces cas-là, on comprend que ces jeunes filles ont besoin de trouver du soutien et des modèles en dehors de leur cercle familial pour pouvoir se projeter et avancer.
Inversement, quel est l’impact sur les Rôles Modèles ?
Athina Marmora : Nous organisons un débrief avec elles pendant que les jeunes sont en cercle de clôture le dernier jour. Beaucoup partagent une réflexion introspective : leurs valeurs, leurs envies, là où elles en sont. L’effet miroir est réel : elles reconnaissent parfois l’adolescente qu’elles ont été, sont touchées par les parcours et les vulnérabilités des jeunes, éprouvent de la gratitude et ressortent avec une bouffée d’énergie. Il y a aussi un sentiment de fierté et d’appartenance vis-à-vis de leur entreprise qui soutient ce type d’action à fort impact.
Muriel Voisin : Moi-même j'ai été très émue et je suis ressortie “boostée” de cet échange. J'ai trouvé ces jeunes filles extraordinaires. Leur énergie et leur potentiel m'ont profondément touchée. Cette expérience nous confronte aux inégalités sociales et de la marche à gravir dans le monde professionnel surtout quand on est une femme. Ces jeunes femmes sont volontaires, pleines de projets. Elles nous renvoient une image très positive de nos propres vies, une réalité qu'on finit par ne plus voir. C'est un bénéfice incroyable.
Athina Marmora : Comme vient de le dire Muriel, être Rôle Modèle c’est d’abord aller à la rencontre de jeunes que l’on ne côtoie pas forcément autrement, c’est déconstruire des préjugés et retrouver de l’espoir dans la jeunesse. Cela génère aussi un sentiment d’utilité, de transmission et d’inspiration mutuelle en partageant ses apprentissages ou ses échecs, qui sont autant d’expériences formatrices. Au-delà de son quotidien professionnel, on agit sur une cause, et on peut parfois influencer positivement et concrètement une trajectoire de vie.
Pourquoi l’engagement des entreprises partenaires comme Colas et celui des Rôles Modèles est-il si important ?
Athina Marmora : Nos entreprises partenaires et leurs collaborateurs constituent un précieux écosystème autour de ces jeunes filles qui cumulent les déterminismes sociaux, territoriaux et de genre. Notre devise c’est « l’égalité des rêves ». Je crois vraiment que l’égalité des chances passe d’abord par cette égalité des rêves : on ne peut pas rêver d'un métier qu’on n’a jamais vu autour de soi. Si une jeune ne connaît aucune femme chef de chantier, comment se projeter ? En s’engageant avec Rêv’Elles, les entreprises comme Colas participent à cette égalité des rêves. Parmi les Rôles Modèles de Colas, les jeunes filles ont par exemple pu rencontrer Muriel qui est directrice RSE, des femmes qui exercent aux Achats, au Juridique, aux Ressources humaines, mais aussi une ingénieure Travaux, ou une directrice Technique…
Muriel Voisin : C'est une expérience incroyablement enrichissante. Il n'y a pas besoin d'avoir un parcours exceptionnel pour faire partie de cet écosystème dont parle Athina. Le simple fait de raconter sa trajectoire, d'expliquer ce que l'on fait, de prendre le temps d’écouter aussi, est déjà créateur d’échanges formidables. On découvre aussi des choses sur soi-même à travers le regard de ces jeunes. En tant que directrice RSE, les sujets d’engagement des collaborateurs me tiennent particulièrement à cœur. Cela génère un bénéfice mutuel, c’est une expérience positive qui profite à tout le monde. Je tiens aussi à préciser que la mission de Colas Foundation sur l’insertion sociale et professionnelle des jeunes fait partie intégrante de notre projet d’entreprise ACT (Act and Commit Together), nos 8 piliers de la RSE et plus particulièrement notre pilier social ACT5 dont l’enjeu est d’attirer et de recruter, et fidéliser les collaborateurs de demain. Pour ce faire, le Groupe offre des conditions de travail qui assurent la santé, la sécurité et le bien-être, tout en favorisant la diversité, l’équité, l’inclusion ainsi que le développement de l’employabilité et de la carrière de chacun.