Alaska : les chantiers de l'extrême

Alaska : les chantiers de l'extrême

En vingt ans, Colaska est devenu un acteur majeur du secteur de la construction et de l’entretien d’infrastructures de transport en Alaska et le plus grand producteur de l’État pour les émulsions de bitume et les granulats. La filiale américaine de Colas réalise des chantiers dans des conditions extrêmes. Plongée dans le Grand Nord...

Extrait du Routes 43

PDF

Alaska : les chantiers de l'extrême

L’ALASKA, TERRE DU SOLEIL DE MINUIT «Terre du soleil de minuit», «dernière frontière» ou encore «grande terre» : l’Alaska est connu sous plusieurs noms. «Plus grand que la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Italie réunis, ce vaste territoire représente un cinquième des États-Unis. Il compte 47 000 km de côtes, plus de 3 000 rivières, 3 millions de lacs et 100 000 glaciers», précise Jon Fuglestad, président de Colaska. Les habitants, séparés du reste des États-Unis par le Canada, sont attachés à cette terre immense et ont développé une solidarité à toute épreuve pour mieux résister aux hivers longs et glaciaux. Acheté à la Russie en 1867, l’Alaska a développé très tôt son activité commerciale. Aujourd’hui, ce sont les secteurs des matières premières, des hydrocarbures, de la pêche, de l’exploitation du bois qui y sont les plus dynamiques et qui convainquent les entreprises étrangères de s’installer.

COLASKA, UNE STRATÉGIE D’ACQUISITIONS Colas, déjà présent dans les États canadiens limitrophes, s’implante en Alaska en 1999, avec l’acquisition de South East Construction (SECON), basé à Juneau, la capitale. Rapidement, la filiale se renforce pour produire ses matériaux, en acquérant Quality Asphalt Paving (QAP) en 2000, puis Exclusive Paving en 2004 et Emulsion Products en 2005. Une nouvelle étape est franchie en 2018 : Colaska acquiert Southeast Road Builders (SERB) afin de renforcer sa position dans la région sud-est de l’État, de développer de nouvelles synergies au sein de la filiale et de remporter de nouveaux marchés à la fois à Haines et sur l’île du Prince-de-Galles. «Notre maillage territorial est très dense, d’autant que QAP, Exclusive Paving, SECON et SERB fonctionnent sur un modèle d’intégration verticale», explique Jon Fuglestad. Chaque entreprise possède son propre matériel : concasseurs, usines d’émulsion de bitume et centrales à béton.  Autant d’atouts qui permettent aux équipes d’intervenir sur l’ensemble de l’État. Les principaux clients de Colaska sont notamment le Département des transports de l’État de l’Alaska (réalisation de travaux de terrassement et de travaux de construction et d’entretien routiers), les entreprises minières (construction de routes d’accès) et le ministère de la Défense (réalisation d’infrastructures pour des aérodromes et des sites de défense antimissile). «Colaska est un acteur majeur dans la production de granulats, d’enrobés, de bitumes modifiés au polymère et de béton et dans la réalisation de travaux routiers en Alaska. La filiale compte de nombreux chantiers à son actif», souligne Jon Fuglestad. 

LES DÉFIS DE COLASKA Pour Colaska, les défis sont nombreux et relèvent aussi bien de la logistique – des problématiques spécifiques d’approvisionnement en matières premières – que de la technique. Par exemple, les équipes doivent se mobiliser régulièrement pour acheminer les matériaux par barge vers des sites éloignés du réseau routier. Cela peut parfois prendre jusqu’à 24 jours, comme c’est le cas entre les îles Aléoutiennes et la mer de Béring jusqu’à Norton Sound. Mais Colaska doit également tenir compte des contraintes climatiques. «La saison de travail est courte, généralement d’avril à mi-octobre. Certains travaux sont réalisés en hiver, si nécessaire, comme dans le cas de la construction de routes de glace, ou lors de l’excavation de matériaux, au fond des rivières et des étangs gelés, qui sont mis de côté pour être utilisés au printemps», explique Jon Fuglestad. Des challenges avec lesquels Todd Porter, manager général de QAP, a dû composer pour les chantiers de Parks Highway (dans le centre de l’État) et de Haines Highway (dans le sud-est) : «La principale difficulté a été de lutter contre le temps froid et humide, même si 2019 a été une des années les plus chaudes jamais enregistrées en Alaska. D’importants feux de forêt se sont déclarés. Les mesures de lutte contre les incendies ont entraîné des restrictions de circulation.» Autre exemple, à North Pole, au sud-est de Fairbanks, où Colaska installe 55 km de conduites d’eau pré-isolées de différentes tailles et effectue des travaux de modernisation et d’extension de l’usine de traitement d’eau existante. Démarrés en janvier 2018, les travaux, réalisés au cœur de l’hiver, ont permis d’installer les conduites à travers les zones humides et les zones où la nappe phréatique élevée était encore gelée. Les équipes sont parvenues à empêcher la décongélation du pergélisol tout en endiguant sa déshydratation. Le chantier devrait s’achever fin 2019. Colaska mène en parallèle d’autres projets d’envergure dans toutes les régions de l’État : chantier de réfection de chaussées sur Glenn Highway (sud de l’Alaska) ; réhabilitation de pistes pour l’aéroport d’Anchorage, etc.

PERSPECTIVES D’AVENIR L’État d’Alaska a lancé des projets ambitieux pour le développement futur du gaz naturel, notamment la construction d’un gazoduc de 800 km et d’un nouveau port.  Les perspectives à long terme de développement de mines visant à extraire notamment du cuivre, de l’or, de l’argent et des métaux rares sont en cours d’étude. «Si les permis d’exploitation sont délivrés, il y aura des routes d’accès à réaliser pour ces projets miniers», estime Jon Fuglestad. Par ailleurs, l’idée, vieille de cinquante ans, d’un chemin de fer reliant l’Alaska au Canada via le Yukon est de nouveau d’actualité. Certaines ressources, comme le minerai de fer ou le pétrole, aujourd’hui expédiées par bateau, seraient acheminées plus rapidement avec cette nouvelle ligne ferroviaire. Si ce projet voyait le jour dans un futur proche, Colaska pourrait en être un acteur important.

Chiffres clés Colaska


  • 850

    collaborateurs dont 187 femmes

  • 27

    gravières directement exploitées

  • 50

    aéroports construits sur les 300 de l'Etat

  • 89,6

    MT de réserves autorisées de granulats détenues

  • 7

    entreprises acquises depuis sa création en 1999

Réhabilitation d’une autoroute à quatre voies

QAP a reconstruit la Glenn Highway, autoroute à quatre voies reliant South Inner Springer Loop à West Arctic Avenue, près de Palmer, dans le sud de l’Alaska. Au programme de ce chantier : l’ajout de voies de circulation, de voies de virage, de routes de façade, ainsi que la signalisation et l’éclairage.

MATIÈRES PREMIÈRES : 900 000 tonnes de granulats

MONTANT : 36,6 M$ soit 33 M€

COLLABORATEURS : 50

LIVRAISON : Octobre 2019

Remise aux normes d’une route

SECON a réhabilité une section de 20 km de la Haines Highway, située dans le sud-est de l’Alaska. Les travaux consistaient en la remise aux normes de sécurité de l’infrastructure en élargissant les voies de circulation et les accotements et en adoucissant les courbes.

MATIÈRES PREMIÈRES : 70 000 tonnes d’enrobés

MONTANT : 39,8 M$ soit 36 M€

COLLABORATEURS : 60

LIVRAISON : Octobre 2019