Vincent Bioulès

Né en 1938 à Montpellier, Vincent Bioulès suit les cours de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris. Tourné à ses débuts vers l’abstraction, il s’en détache dans les années 1970 et revient à la peinture figurative. Il expose régulièrement en France. Ses œuvres sont entrées dans des musées, tels le Centre Georges Pompidou ou le musée Fabre à Montpellier.

Comment avez-vous abordé la commande de la Fondation Colas ?

Toute commande apparaît d’emblée comme une contrainte. Mais très vite, le sentiment d’être prisonnier de règles à respecter – sujet, format, délai – est perçu comme une libération intérieure. Car, paradoxalement, l’exercice imposé oblige à inventer et à faire jouer son imagination. Je voulais éviter de peindre une route en perspective, trop prosaïque. Alors j’ai pensé à tous ces gens qui rejoignent à pied Saint-Jacques-de-Compostelle et j’ai imaginé une route à la fois matérielle et spirituelle.

Qu’avez-vous voulu signifier avec cette route qui monte dans le ciel ?

La route serpente d’abord à travers un austère paysage de garrigues puis, à la lumière noire de la lune, se transforme en route céleste et transparente. J’ai pensé à ce cri de ralliement, issu de la langue du Moyen-Âge, avec lequel les pèlerins se saluent quand ils se croisent : «Ultreïa !» Il signifie «aller plus loin, plus haut», c’est-à-dire partir pour se perdre d’abord, puis se trouver soi-même. J’ai voulu illustrer cette symbolique du dépassement de soi que vit celui qui se met en route, quelle que soit la direction objective qu’il se choisit au départ.

Votre tableau évoque spontanément un ciel nocturne étoilé. Pourquoi ?

La Voie lactée et le Chemin de Saint-Jacques sont associés depuis toujours dans l’imaginaire des pèlerins de Saint-Jacques. Je suis moi-même très sensible à la forme musicale du Nocturne et à la poésie de ce thème en peinture. J’ai cherché, avec les variations de bleus et l’utilisation de glacis transparents, à restituer la lumière nocturne, sombre et pourtant mystérieusement éclairée du dedans.

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