Eric Allain

Né en 1970 à Montpellier, Eric Allain est un artiste peintre autodidacte. Après avoir suivi des études en informatique industrielle en région nantaise, il y exerce la profession d’informaticien pendant douze ans. Depuis 2005, il se consacre à plein temps à la peinture et expose régulièrement en France.

Comment avez-vous abordé cette commande de la Fondation Colas ?

Il y a d’abord eu l’appréhension, la peur de décevoir, la peur de mal faire. Cette commande a suscité en moi beaucoup d’interrogations. D’autant plus que le thème était assez vaste : la route. De prime abord, la route représente pour moi les embouteillages, les stations-service, les échangeurs, les engins de chantier… Mais cela me semblait trop évident. Il n’y avait pas assez de prise de risques. J’ai choisi le thème de l’accident pour sensibiliser aux dangers qu’il peut y avoir sur la route.

Le choix des couleurs, le titre «Le dernier trajet » sont en effet explicites…

Mon travail s’inspire du quotidien, je représente souvent des objets en fin de vie, auxquels j’essaie de redonner un nouveau souffle. J’ai longtemps hésité avant de choisir le thème de l’accident, car cela peut être trop perturbant. Le fait de prendre la route m’inspire, par exemple, un sentiment de peur : celle de quitter mon domicile et celle de l’accident. Mais la route s’apprivoise, et il faut savoir l’apprivoiser. J’ai donc décidé d’aller au bout de ma démarche, la sensibilisation est pour moi très importante. Les couleurs utilisées pour cette toile – le rouge, le noir et le gris – se retrouvent souvent dans mes œuvres. Le rouge symbolise la vie, et le noir, la partie sombre de l’individu. Les deux conjugués peuvent en effet donner un sujet triste.

Pouvez-vous nous parler de votre technique ?

Je pars toujours d’une photo, que je reproduis dans un premier temps assez fidèlement. Je déstructure ensuite cette représentation à l’aide d’outils de maçon (spatule, taloche), afin de donner une vibration, une vie, l’idée étant de ne pas figer l’image. Je progresse par petites touches, soit de bas en haut, pour donner une impression de déliquescence, soit latéralement, pour donner une sensation de fuite et de mouvement. Ces derniers temps, je zoome davantage l’image afin de rendre la perception d’autrui moins aisée. Le regard se noie alors dans la toile, permettant à chacun une libre interprétation en fonction de sa propre histoire, de ses propres codes et de ses propres expériences.